Géographie du figuier de barbarie
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Egypte
Source: Al-Ahram Hebdo
n° 694 - semaine du 26/12/07 au 1/1/08
Lutte contre la désertification. Une coopération avec le Mexique vise à introduire de nouvelles variétés de figues de Barbarie. Le projet s’annonce aussi prometteur dans la lutte contre la dégradation des terres agricoles.
Par: Racha Hanafi
La figue de Barbarie courtisée
Le Centre égyptien de
Recherches sur le Désert (CRD) a accueilli récemment une délégation
scientifique mexicaine venant des institutions de recherches, ainsi que
l’ambassadeur du Mexique en Egypte. Objectif de la visite : Introduire
d’autres nouvelles variétés de figue de Barbarie en Egypte afin de lutter
contre la désertification. Lors de la visite, la délégation mexicaine a fait
une présentation concernant la culture de la figue de Barbarie au Mexique
ainsi que les divers moyens pour exploiter cette plante dans l’exportation,
l’industrie alimentaire, pharmaceutique, cosmétique et médicale. « Il s’agit
d’une coopération pour introduire 50 variétés de figues de Barbarie en Egypte.
Ces variétés seront plantées tout d’abord dans le champ de la banque
phytogénétique, située à Cheikh Wozeid au Nord-Sinaï, et dont le rôle est de
conserver les ressources génétiques des plantes menacées d’extinction après la
détérioration des terres agricoles. Ces variétés seront donc l’objet d’études
pour voir si elles s’adaptent aux conditions climatiques en Egypte. Celles qui
réussissent à résister notamment à une quantité d’eau modeste seront cultivées
dans plusieurs endroits d’Egypte dont la Côte-Nord ouest et le Nord-Sinaï. Le
succès de toutes ces expériences mènera plus tard à conclure une convention
avec la partie mexicaine portant sur la propriété intellectuelle », explique
Mohamad Ossama Mohamad Salem, ancien directeur du département de
l’environnement au sein du CRD.
Cette coopération
égypto-mexicaine intervient dans le cadre de la Convention internationale de
la conservation de la biodiversité ainsi que les initiatives du Fonds pour le
soutien du développement dans les pays arabes. Ce fonds a été créé au sein de
la Ligue arabe afin de promouvoir la coopération entre les pays arabes et le
Mexique. « Bien qu’il existe plus de 50 variétés de figue de Barbarie, nous
n’en cultivons que deux seulement en Egypte. Cette plante est connue pour sa
résistance aux conditions désertiques sévères. En Egypte, nous exploitons
uniquement le fruit. Mais la plante elle-même est utilisée dans plusieurs
domaines économique, industriel et médical. Le côté égyptien a proposé le
projet de l’utilisation de la figue de Barbarie pour lutter contre la
désertification dans les terrains marginaux en Egypte afin d’aider à mettre un
terme à la dégradation des terres agricoles en Egypte », indique Ismaïl
Abdel-Guélil, directeur du CRD et représentant de l’Egypte à la Convention de
la Lutte contre la Désertification (CLD). Il soumettra un rapport sur les
résultats de la visite de la délégation mexicaine au ministre de l’Agriculture
et de la Bonification des terres dans les prochaines semaines. Les expériences
pour examiner l’adaptabilité des nouvelles variétés dureront deux ans. « Au
bout de deux ans, nous saurons quelles variétés peuvent être cultivées en
Egypte. Mais pour savoir si la plante est rentable sur le plan économique et
de l’exportation, il nous faudra trois à cinq ans », déclare Salem.
Recherches phytogénétiques
Les deux variétés de la figue de Barbarie cultivées en Egypte se trouvent dans le Sinaï, à Marsa Matrouh et dans les zones désertiques du Delta et de la vallée du Nil. Les bédouins de Ariche l’utilisent essentiellement pour empêcher les dunes de sable d’abîmer les sols et leurs cultures. Au Mexique, pays d’origine de cette plante, il est question d’une industrie géante dans plusieurs domaines. « Durant la présentation, les chercheurs mexicains ont parlé d’une culture massive de la figue dans leur pays. Cette plante, qui se reproduit en grande quantité, est exploitée dans divers domaines. Les fruits sont exportés, et les tiges de cactus sont utilisées comme aliment pour les humains, car riches en fibres. Elles sont également utilisées comme fourrage pour le bétail. Sans oublier que des produits cosmétiques ainsi que des produits pharmaceutiques sont fabriqués à partir des tissus de cette plante. Bref, nous sommes devant une plante à multi-utilisations. Pourquoi donc ne pas étendre les espaces cultivés de cette plante en Egypte afin de lutter contre la désertification et en même temps exploiter toute sa richesse ? », se demande Ismaïl Al-Bagouri, écologiste spécialisé dans le désert et membre du Comité scientifique international.
L’étendue de l’espace cultivé par la figue de Barbarie en Egypte exige l’élaboration d’études et de recherches pour adapter certaines variétés aux conditions climatiques égyptiennes. Tel est le but des recherches de la banque phytogénétique. « Nous nous attachons toujours aux récoltes cultivées dans la vallée du Nil. Il faut nous adapter à la culture du désert. La coopération avec le Mexique dans ce domaine nous permet de commencer là où d’autres chercheurs ont achevé leurs recherches. Il s’agit donc d’un échange d’informations et d’expériences dans le domaine de la recherche », assure Al-Bagouri.
Les recherches de la banque phytogénétique visent en premier lieu à adapter des variétés résistantes au manque d’eau puisque les zones désertiques d’Egypte font partie des plus arides du monde. Ces recherches entrent dans le cadre de la nouvelle optique de la CLD établie en 2004. Selon cette optique, la lutte contre la désertification ne consiste plus à lutter contre la dégradation des terres mais plutôt à considérer le développement des zones détériorées et de celles exposées à la désertification comme faisant partie de la lutte contre la désertification. « Les recherches sur l’adaptation des variétés de la figue de Barbarie aux conditions de l’environnement en Egypte porteront leurs fruits au bout de deux ans. C’est une bonne idée pour lutter contre la désertification en fixant les dunes de sable mouvant. Il est question d’utiliser cette plante dans plusieurs domaines et cette industrie exige une main-d’œuvre massive. Mais nous nous concentrons tout d’abord sur les recherches qui apporteront des variétés convenables dans deux ans », insiste Salem. Selon lui, ce projet sera particulièrement utile pour lutter contre la détérioration de zones, comme le nord du Delta égyptien, qui souffrent d’un taux élevé de salinité.